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LES ARCHIVES DES COURONNES
CHAPITRE IV

Les Yorùba :

l'histoire au sommet de la tête

Avant de parler de leurs cheveux, parlons d'eux.

MADAME H
10 Août 2026
Présence historique

Principalement Nigéria, Bénin et Togo

RÉGION

Sud-ouest de l'afrique  

POPULATION

50 millions

LANGUE

Yorùba ( èdè Yorùba)

MODE DE VIE

Urbain, commerçants, artisans et agriculteurs

SPIRITUALITÉ

religion traditionnelle yorùba, culte des orisà; aujourd'hui également christianisme et islam

HISTOIRE

Anciennes cités et royaumes, dont Ilé-Ifè et Oyo

COIFFURE EMBLÉMATIQUE

Sùkù, Pàtéwo et Koroba

Présence géographique

Les Yorùba vivent principalement dans le sud-ouest du Nigeria, notamment dans les États d'Oyo, Ogun, Osun, Ondo, Ekiti et Lagos. Leur territoire historique s'étend également vers le Bénin et certaines région du Togo. Au fil de l'histoire, les migrations et la traite translatantique ont aussi donné naissance à une importante diaspora. L'héritage yorùba se retrouve ainsi bien au-delà de l'Afrique de l'Ouest, notament au Brésil, à Cuba et dans les Caraïbes.

Il suffit parfois de regarder une coiffure pour comprendre qu'elle raconte quelque chose.

Chez les Yorùba, peuple d'Afrique de l'Ouest principalement établi dans le sud-ouest du Nigeria et présent également au Bénin et au Togo, les cheveux ont donné naissance à un véritable art.

Des lignes sont tracées sur le cuir chevelu, les tresses se rejoignent, s'élèvent ou dessinent des formes qui transforment la tête.

Aux origines du peuple Yorùba

Parler "des Yorùba" comme d'un groupe parfaitement uniforme serait trompeur.

Le monde Yorùba s'est construit autour de différentes villes, royaumes et communautés qui partageaient une langue et de nombreux éléments culturels, sans pour autant former, pendant toute leur histoire, un État unique.

Parmi ces centres historiques, Ilé-Ifè occupe une place particulière.

La ville est considérée comme un foyer majeur de l'histoire et de la culture yorùba. Les oeuvres anciennes qui y ont été retrouvées, notamment ses célèbres sculptures, témoignent d'une société urbaine et artistique déjà particulièrement élaborée plusieurs siècles avant la colonisation européenne.

Puis le XIXe siècle bouleverse profondément cet équilibre.

Les guerres qui suivent notamment l'affaiblissement de l'empire d'Oyo entraînent d'importants déplacements de population. La traite atlantique participe elle aussi à disperser des populations yorùba bien au-delà du continent africain.

Cette histoire explique en partie pourquoi l'héritage yorùba dépasse aujourd'hui largement les frontières du Nigeria.

On en retrouve des traces dans plusieurs sociétés des Amériques, particulièrement au Brésil et à Cuba, où des traditions issues du monde yorùba ont été préservées, adaptées et mêlées à d'autres cultures.

Ori : la tête n'est pas un détail

Pour comprendre la place des cheveux dans la culture yorùba, il faut d'abord s'arrêter sur un mot : Ori.

Dans son sens le plus immédiat, Ori désigne la tête.

Mais la pensée yorùba distingue également la tête physique d'une dimension intérieure de la personne, souvent désignée comme ori inù, la "tête intérieure".

Elle est liée à l'individu, à son identité profonde et à sa destinée.

Cette importance accordée à la tête apparait jusque dans l'art yorùba. Certaines sculptures donnent volontairement à la tête des proportions particulièrement importantes par rapport au reste du corps.

Ce détail n'ent est justement pas un.

La tête occupe une place particulière dans la manière de penser la personnes.

Alors forcément, ce que l'on fait pousser dessus, ce que l'on coupe, ce que l'on tresse et ce que l'on montre prend une autre dimension.

Il suffit aussi d'observer les tenues portées lors des grandes occasions pour comprendre combien la tête participe à l'allure générale.

Chez les femmes, le gèlè en est certainement l'expression la plus spectaculaire. Noué autour de la tête à partir d'une pièce de tissu, il peut être travaillé en plis, prendre de la hauteur et créer des volumes impressionnants. Lors des mariages et des cérémonies, il devient parfois une véritable construction textile qui complète la tenue et attire immédiatement le regard.

Les hommes possèdent eux aussi leurs couvre-chefs traditionnels, notamment le filà , porté avec différentes tenues yorùba et décliné sous plusieurs formes.

Ainsi, qu'elle soit tressée, sculptée par la coiffure ou enveloppée de tissu, la tête reste un espace privilégié de présentation de soi.

Lorsque les cheveux parlent

Les coiffures yorùba ne formaient pas un catalogue figé dans lequel chaque personne aurait simplement choisi son modèle préféré.

Elles appartenaient à une société.

Selon les périodes, les régions et les circonstances, une coiffure pouvait donner des indications sur la personne qui la portait : son âge, son genre, sa situation sociale, certaines étapes de sa vie ou encore le contexte religieux et cérémonial.

Certaines étaient associées à des occasions particulières. D'autres portaient jusque dans leur nom une idée, une image ou un message.

C'est probablement l'un des aspects les plus fascinants être regardées, mais elles pouvaient aussi être lues.

L' Onidiri, celle qui sait faire

Derrière ces coiffures se trouve un savoir-faire.

La personne spécialisée dans l'art de coiffer et de tresser est appelée Onidiri.

Car réaliser certaines coiffures yorùba demande bien davantage que de savoir séparer quelques mèches.

Il faut connaître le dessin, savoir où commencer, maintenir la régularité des lignes.

Comprendre comment les tresses vont se rencontrer et comment la forme finale va apparaître une fois la tête entièrement travaillée.

Le cuir chevelu devient presque une surface de composition.

Et ce savoir se transmet d'une femme à une autre, d'une génération à la suivante, les gestes circulent. Une coiffure peut ainsi survivre bien au-delà de la personne qui l'a créée.

Sùkù : lorsque les tresses prennent de la hauteur

Parmi les coiffures yorùba les plus reconnaissable figure le Sùkù, également écrit Shuku dans certaines transcriptions.

Les cheveux sont tressés de manière à converger vers le sommet de la tête, créant une forme relevée.

Selon les variantes, cette construction peut être plus ou moins haute, plus ou moins large et considérablement plus complexe.

Le résultat attire immédiatement le regard vers le sommet du crâne.

Mais le Sùkù n'est qu'une possibilité parmi une miltitude.

Koroba, Pàtéwo, Kojùsoko...

Les noms eux-mêmes racontent parfois quelque chose de la forme de la coiffure.

Le Koroba, par exemple, est construit autour d'un dessin rayonnant sur la tête et évoque par sa silhouette un récipient retourné.

Le Pàtéwo tire son nom d'une image évoquant des mains rapprochées comme pour applaudir. Les tresses sont organisées de façon à créer cette rencontre.

Le Kojùsoko, dont le nom peut être traduit par une expression proche de "fais face à ton mari", montre autre chose encore : certaines coiffures pouvaient porter dans leur appellation un commentaire sur les rapports sociaux et les attentes placées sur les femmes.

Ces noms nous rappellent qu'une coiffure n'était pas seulement une forme géométrique.

Elle pouvait également contenir de l'humour, une image, une règle sociale ou une manière de raconter le quotidien.

Et surtout, ces exemples ne représentent qu'une partie du répertoire.

Il n'existe pas une coiffure yorùba, il en existe une multitude.

De l'afrique aux Amériques

L'histoire yorùba ne s'arrête pas aux côtes africaines.

Entre les XVIIe et XIXe siècles, la traite atlantique entraîne la déportation de nombreuses populations originaires de cette région vers les Amériques.

Avec elles voyagent des langues, des croyances, des rythmes, des noms, des pratiques et des manières de comprendre le monde.

Au Brésil, à Cuba et dans plusieurs territoires des Caraïbes, cet héritage va laisser des traces profondes.

Certaines traditions religieuses issues du monde yorùba survivent et se transforment dans la diapora, notamment autour des Orisà.

La culture travers donc l'Atlantique, elle change; rencontre d'autres cultures , mais elle ne disparaît pas.

aujourd'hui

Aujourd'hui, le Sùkù et d'autres coiffures traditionnelles continuent d'être connus, reproduits ou réinterprétés.

Mais leur présence contemporaine pose une question intéressante.

Lorsque nous reproduisons une coiffure ancienne parce que nous la trouvons belle, savons-nous encore ce qu'elle racontait ?

Pas toujours.

Et ce n'est pas nécessairement un problème.

Une culture vivante évolue.

Ce qui compte, en revanche, c'est de ne pas effacer son origine.

Car derrière une tresse devenue tendance sur les réseaux sociaux peut parfois se cacher une histoire beaucoup plus ancienne.

Une femme l'a portée avant nous, une autre l'a réalisée et une autre encore lui a appris comment faire.

Et quelque part entre leurs mains, le geste a traversé le temps.

Il serait pourtant faux d'imaginer que les femmes yorùba d'aujourd'hui se coiffent exactemment comme leurs ancêtres.

Les pratiques capillaires ont changé.

La colonisation, les religions, l'école, l'urbanisation, les mifrations, les nouvelles normes esthétique et l'arrivée de nouvelles technique de coiffure ont progressivement transformé les habitudes.

Certaines coiffures ont perdu leur fonction sociale première.

D'autres sont devenues plus rares, d'autres encore ont été adaptées et comme partout, les modes passent.

C'est précisément ce qui rend les archives importantes : elles permettent de comprendre ce qu'une coiffure signifiait avant qu'elle ne devienne simplement une image que l'on reproduit.

Ce que les coiffures yorùba nous racontent

Les coiffures yorùba nous obligent finalement à regarder les cheveux autrement.

Nous pouvons admirer leur beauté, leur précision, mais nous pouvons aussi nous demander ce qu'elles disent de la société qui les a créées. Elles parlent d'identité, de femmes et de transmission, de spiritualité, de règles sociales et de créativité.

Parce que les traditions ne sont jamais crées par une abstraction appelée "culture" mais par des personnes.

Quelqu'un, un jour, a imaginé une nouvelle façon de tracer une ligne sur la tête, de faire monter une tresses ou de réunir plusieurs sections de cheveux.

Puis quelqu'un d'autre a reproduit le geste.

C'est ainsi que naît un héritage.

La voix de Madame H

Chez
madame h

Nous regardons souvent une coiffure en nous demandant si elle est belle.
Car nos cheveux n'ont jamais été uniquement une matière à discipliner, lisser, tresser ou décorer.
Ils ont aussi été un espace de création et de transmission.
Redécouvrir ces coiffures ne signifie pas vivre dans le passé.
Cela signifie simplement savoir que certains gestes que nous faisons encore aujourd'hui ont une histoire.

Ces histoires méritent d'être racontées.
Les Archives des Couronnes sont nées pour cela.
Elles ne cherchent pas seulement à raconter l'histoire des cheveux Afro.
Elles redonnent un nom, un visage et une mémoire aux peuples qui les ont portés.
Car honorer sa Couronne, c'est aussi reconnaître celles qui ont traversé les siècles avant nous.

Les Reines et les Rois prennent soins de leur Couronne.

Madame H
RÉFERENCES DOCUMENTAIRES

Sources & RÉFÉRENCES

Les informations présentées dans cet article s'appuient sur des travaux universitaires, des institutions reconnues et des ouvrages spécialisés afin de garantir une approche historique et culturelle la plus fidèle possible.

Joan Buchanan
Nigerian Hair Styles, Faber & Faber, londres 1966.
Victoria Rovine
African Fashion; Global Style : histories, innovation and Ideas You Can Wear, Indiana University Press, 2015
Adétokùnbo Tejuosho
Hair! Hair! Hair!, V&A Publishing, 2010
Henry John Drewal
Yoruba : Nine Centuries of African Art and Thought, The Center for African Art / Harry N. Abrams, 1989
Suzanne Preston Blier
Art and Risk in Ancient Yoruba, Cambridge University Press
Oxford Reference
Article sur les Yorùba
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