Mémoire & IDENTITé

Transmettre le rituel

Prendre soin des cheveux de son enfant

ARTICLE MADAME H

Il y a un moment que beaucoup de famille connaissent sans jamais l'avoir nommé.

L'enfant est assis, impatient, un peu agité. Vous avez les mains dans ses cheveux. Et quelque chose se passe, quelque chose qui dépasse largement le soin.

Ce n'est pas juste une séance de démêlage.

C'est un passage, une transmission silencieuse.

Ce que les mains transmettent

Avant les mots, il y a les gestes.

La manière dont vous posez vos mains sur ses cheveux.

La douceur ou l'absence de douceur avec laquelle vous démêlez.

Le temps que vous prenez, ou que vous ne prenez pas.

Un enfant dont on prend soin des cheveux avec patience apprend quelques chose de fondamental. Ses cheveux ont de la valeur. Sa Couronne mérite qu'on s'y attarde.

Un enfant dont on bâcle les soins en soupirant apprend l'inverse. Ce souvenir-là, les mains pressées, le peigne qui tire, beaucoup d'adultes le portent encore.

Le Rituel, c'est parfois simplement choisir une autre manière de poser ses mains sur l'enfance.


Les garçons aussi

Pourtant, eux aussi grandissent avec un rapport à leur image, à leurs cheveux, à la manière dont on les touche et dont on prend soin d'eux.

On parle souvent des cheveux des petites filles, plus rarement de ceux des garçons.

Un garçon à qui l'on apprend à hydrater ses boucles, à protéger son afro ou ses locks la nuit, à entretenir ses nattes couchées grandit avec autre chose qu'une simple routine capillaire.

Que le soin n'est pas réservé aux autres.

Il apprend que son apparence mérite attention.

Que la douceur n'enlève rien à la force.

Ces gestes paraissent parfois simple : faire des twists, remettre un bonnet avant le coucher, prendre le temps de coiffer avant l'école.

Mais pour beaucoup d'enfants, ce sont les premiers moments où ils apprennent à considérer leurs cheveux autrement que comme quelque chose qu'il faut discipliner rapidement.

Et souvent, cette manière d'être coiffé finit plus tard par devenir une manière de se regarder soi-même.

Le Rituel n'a pas besoin d'être parfait

Il n'est pas question ici de techniques irréprochables. Pas de routine complexe, pas dix produits alignés. Ce qui compte d'abord, c'est l'intention de créer un moment dédié où ni l'enfant ni vous n'êtes pressés.

Certaines familles le font le soir, d'autres le dimanche matin, d'autres encore au retour de l'école. Le moment importe moins que la régularité et la régularité importe moins que la douceur.

Mais il faut aussi dire la vérité : ces moments ne sont pas toujours doux.

Certains enfants pleurent, certains ont le cuir chevelu sensible et d'autres n'aime pas rester immobiles, demandent que ça se termine, se crispent dès que le démêlage commence.

Et beaucoup de parents finissent Eux-mêmes fatigués, frustrés ou dépassés.

Les cheveux afro texturés demandent parfois du temps, de la patience et des pauses. Il arrive que le soin ne ressemble pas à un moment paisible. Il arrive qu'il y ait des larmes, de l'agacement, des soupirs.

Cela ne veut pas dire que le Rituel échoue.

L'important n'est pas que tout soit parfait.

L'important, c'est la manière dont l'enfant se sent traité au milieu de cette diFFiculté.

Prendre le temps d'expliquer, d'échanger sur divers sujets.

Faire des pauses, hydrater avant démêlage, éviter les gestes brusques quand c'est possible et reconnaître aussi quand l'enfant en a assez.

Le Rituel ne se mesure pas à l'absence de pleurs.

Il se mesure à l'intention de soin, même dans les moments imparfaits.

Les gestes qui traversent les générations

Je me souviens encore de ces moments avec ma mère ou ma tante.

À l'époque, je ne pensais pas vivre des instants de transmission.

C'étaient simplement des heures de coiffure, des démêlages parfois longs, parfois douloureux. Des larmes, des pauses, des "ça fait mal" aussi.

Je me souviens de ces coiffures ancestrales que j'appelais, à l'époque, "les antennes" ou "les racines". Ces coiffures au fil sculptées autour de la tête, que beaucoup de filles africaines ont portées avant même d'en comprendre l'héritage.

Je me souviens de l'odeur des huiles et des crèmes.

Des mains dans les cheveux, du bruit du peigne, de tous ces sens en évéil pendant ces moments que, sans le savoir, j'ai gardés profondément en mémoires.

Avec le temps, j'ai compris que ce n'était pas uniquement des gestes capillaires.

C'est une manière de prendre soin, une manière de transmettre, une manière d'aimer.

Aujourd'hui, je reproduis à mon tour certains de ces gestes avec mon fils qui porte l'afro. Pour entretenir ses boucles et son afro, j'hydrate, je scelle, je fais des twist...

Et parfois, au milieu de ces gestes simples, je repense à ces moments avec ma mère ou ma tante.

À ces Rituels que l'on ne nommait pas encore, mais qui me construissait déjà.

C'est aussi cela, transmettre le Rituel.

Ce qu'on hérite, ce qu'on choisit de transmettre

Beaucoup d'entre nous ont grandi sans Rituel capillaire ou avec des Rituels douloureux, des cheveux qu'on voulait dompter, des textures que l'on apprenait à corriger plutôt qu'a célébrer.

Ce bagage existe, il est réel.

Mais il n'est pas une fatalité.

Chaque parent a le choix de ce qu'il transmet.
Pas la perfection, pas la maîtrise totale.
Juste une intention différente.

Votre Couronne.
Votre Rituel.

C'est ça, transmettre le Rituel.
Pas un geste parfait.
Une intention répétée.
Assez pour qu'ils s'en souviennent.

Découvrir mon Rituel
Le soin. Le geste. La Couronne.