Le peigne afro n'a jamais été un simple accessoire.

Il traîne parfois au fond d'un tiroir, on l'a vu dans la salle de bain, de notre mère, une tante, une mamie, une grande soeur; dans la poche d'une veste en cuir d'un père, un oncle ou sur la Couronne d'un frère ou cousin.
On l'a utilisé avant l'école, avant une sortie, avant une fête.
On l'a parfois cherché partout au dernier moment.
Et pourtant, ce peigne que l'on croit banal porte une histoire immense.
Il ne sert pas seulement à démêler les cheveux crépus.
Il ne sert pas seulement à soulever une afro.
Il ne sert pas seulement à mettre une coiffure en forme.
Le peigne afro est l'un des objets les plus anciens de notre culture capillaire.
En 2013, le Fitzwilliam Museum de Cambridge lui à même consacré une exposition entière : "Origins of the Afro Comb : 6, 000 Years of Culture, Politics and Identity".
Six mille ans.
Pas cents ans.
Pas Cinq cents ans.
Six mille ans de culture, de mémoire, de résistance et d'identité.
Quand on pense au peigne afro beaucoup imaginent immédiatement le célébre modèle au poing levé des années 1970.
Pourtant, son histoire commence bien avant, bien avant les États modernes et l'invention du plastique.
Les archéologues ont retrouvé en Égypte ancienne des peignes datant d'environ 4000 à 3000 ans avant notre ère.
Certains étaient fabriqués en ivoire et d'autres en os ou en bois finement sculpté. Ils ne servaient pas uniquement à coiffer. Ils étaient parfois déposés dans des tombes, transmis entre générations ou décorés de symboles représentant des animaux, des figures humaines ou des motifs sacrés.
Le peigne était déjà un objet de soin mais aussi un objet culturel. Un objet qui racontait quelque chose de la personne qui le possédait.
Bien avant les réseaux sociaux, bien avant les marques, bien avant les tendances, les cheveux occupaient déjà la place importante dans les sociétés africaines.
Le peigne afro n'est pas seulement un objet, c'est un geste, un geste de soin.
Un geste qui demande de comprendre la nature du cheveu texturé.
Le cheveu crépu pousse vers le haut, il forme des spirales, des boucles, des zigzags. Il demande un outil adapté.
Pendant longtemps pourtant, les cheveux afro texturés ont été jugés avec des outils conçus pour d"autres textures.
On a appelé "indiscipliné" un cheveu qui suivait sa propre architecture.
On a appelé "problème" ce qui demandait simplement une autre connaissance.
La vérité est plus simple.
On a souvent jugé nos cheveux avec des outils qui n'étaient pas fait pour eux. Et on nous a convaincus que le problème venait de nous.
Avec l'esclavage, la colonisation et l'imposition des standards européens de beauté, de nombreux savoir-faire africains ont été marginalisés.
Le peigne adapté aux cheveux crépus a progressivement disparu de nombreux foyers. À sa place sont arrivés des outils conçus pour d'autres textures.
Et avec eux est née une idée particulièrement dangereuse.
Celle du "bon cheveu", celui qui tombe, celui qui se lisse facilement, celui qui se peigne sans résistance.
Et à l'inverse, le "mauvais cheveu", celui qui gonfle, celui qui rétrécit, celui qui résiste, celui qu'il faudrait corriger.
Pourtant si un outil n'est pas adapté à un matériau, ce n'est pas le matériau qui est déféctueux.
C'est l'outil.
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les cheveux naturels connaissent un retour puissant dans les communautés afro-américaines.
L'afro devient visible, assumé et politique.
À cette époque, plusieurs inventeurs afro-américains participent au dévéloppement de peignes à dents larges spécialement conçus pour les cheveux afro-texturés.
Parmis eux figurent Samuel H. Bundles et Henry M. Childrey qui déposent des brevets pour des modèles adaptés aux besoins des cheveux naturels.
Mais c'est en 1972 qu'apparaît le modèle qui marquera durablement l'histoire.
Anthony R. Romani dépose un brevet pour un peigne afro en plastique surmonté d'un manche représentent un poing noir fermé.
Le célébre Black Fist Comb.
Le peigne au poing noir.
Ce choix n'est pas anodin.
Quelques années auparavent, les États-Unis avaient adopté plusieurs lois majeures :
La société change, les mentalités évoluent et le peigne afro devient plus qu'un simple accessoire de coiffure.
Il devient un symbole.
Le poing levé établit un lien entre le passé et le présent.
Pour beaucoup porter ce peigne planté dans une afro revenait à afficher une identité longtemps marginalisée mais désormais revendiquée avec fierté.
Le peigne n'était plus caché dans une salle de bain, il devenait visible.
Porté comme un message, porté comme une présence, il disait sans parler :
Je suis là.
Je n'efface plus rien.
Je n'ai plus honte de mes cheveux.
C'est peut-être cela le plus fascinant, le peigne afro est à la fois simple et immense.
Il peut coûter quelques euros, il peut être acheté sans réfléchir, il peut être oublié dans une trousse de toilette, mais son histoire dépasse largement.
Il relie l'intime au collectif, le soin à l'identité, le quotidien à la mémoire.
Il rapelle que les cheveux afro-texturés n'ont jamais été une mode.
Ils existaient bien avant les tendances, ils étaient coiffés, protégés, ornés, peignés et transmis.
Bien avant que le monde moderne ne décide de les redécouvrir.
Entre les peignes d'ivoire de l'Égypte ancienne et le poing levé des années 1970, plus de six mille ans se sont écoulés.
Des royaumes sont tombés, des empires sont apparus, des peuples ont été déplacés, des cultures ont été combattues, des traditions ont été oubliées, puis retrouvées.
Pourtant, un geste est resté.
Prendre soin de sa Couronne.
Chez Madame H, nous croyons que prendre soin de sa Couronne ne se limite pas aux produits que l'on utilise ou aux coiffures que l'on porte.
C'est aussi connaître l'histoire qui accompagne chacun de nos gestes.
Alors la prochaine foisque vous tenez un peigne afro entre vos mains, regardez-le autrement.
Regardez ses dents espacées, regardez sz forme. Regardez ce qu'il permet depuis des générations : accompagner sans contraindre, démêler sans écraser, respecter la nature du cheveu plutôt que chercher à la corriger.
Car certains objets coiffent les cheveux mais d'autres traversent les siècles et portent la mémoire, l'identité et l'histoire d'un peuple entier.
Le peigne afro fait partie des deux.
"Derrière chaque dent du peigne afro se cache
une histoire que le temps n'a jamais réussi à effacer."
L e peigne afro nous rappelle que prendre soin de sa Couronne,
c'est aussi honorer son Héritage.
